Étincelles dans la pénombre ou ma vie d'anguille

Publié par Cie des Tardigrades, le 30 janvier 2020   130

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29/01/20 Et voilà, c'est parti !
Notre projet "Étincelles dans la pénombre ou Ma vie d'anguille" est engagé depuis quelques semaines.
La Réserve Naturelle Nationale de Lilleau des Niges aux Portes en Ré n'abrite pas seulement des oiseaux migrateurs, mais aussi un poisson fabuleux au devenir incertain, L' ANGUILLE. Jadis abondante sur tous les continents, elle est aujourd'hui une espèce menacée. Qui mieux que l’anguille vivant depuis la source des cours d'eau jusqu'aux abysses peut illustrer le cycle de l’eau et la capacité de l’homme à vivre en harmonie avec sa planète aquatique. 

Notre projet naturaliste, théâtral et social s'élabore avec un groupe d'adultes participant à l'association Ré-Clé-Ré. L'action conjugue lien social, protection de l'environnement, acquisitions de savoirs, lutte contre l'illettrisme par l'écriture, la lecture, l'expression orale, le théâtre, et donnera lieu à une restitution pour le grand public.

Côté organisation, nous avons trouvé notre partenaire référente en la personne d'Amandine Delory, éducatrice à l'environnement à la Réserve Naturelle Nationale des Portes-en Ré. Côté scientifique, nous travaillons à Dinard avec Eric Feunteun, professeur en écologie marine, grand spécialiste des anguilliformes. Côté social, Christine Legoupil, la formatrice de l'association Ré-Clé-Ré au Bois-plage en Ré soutient le groupe avec qui nous partageons l'aventure. Tous les participants ont déjà visité la Réserve, écouté et réagi collectivement à une interview, notre première rencontre a eu lieu le vendredi 17 janvier, lancement officiel de l'aventure. Côté culturel et théâtral, nous écrivons sur mesure le spectacle : "Étincelles dans la pénombre ou Ma vie d'anguille".

Car c'est une écriture sur mesure que nous inventons pour le groupe de Ré-Clé-Ré. Pour raconter l'histoire fabuleuse de l'anguille, ils seront tour à tour petites larves dérivant dans les courants du Golf Stream, civelles, anguilles jaunes, anguilles argentées aux yeux bleus, enfants passionnés par les poissons et la découverte des eaux douces, chercheurs partant en exploration, journalistes, etc... Ils raconterons aussi leur propre histoire dans des eaux agitées, leurs migrations intimes, leurs rêves de voyage où ils pourront inventer d'autres rivages de naissance.

"L'avenir est liquide, le passé est solide, le chagrin est une carpe, le bonheur une anguille"... 

La poésie sera notre alliée lors de cette longue traversée jusqu'en mer des Sargasses qui abrite le triangle des Bermudes. Une histoire de mystères comme nos vies...

A bientôt pour de nouvelles fraiches !...

Les Tardigrades

14/02/20 : Les anguilles naissent vers la Saint Valentin, nous avons commencé à répéter avec les amateurs de Ré-Clé-Ré le 14 février ! Nous sommes pour l'instant dans les locaux de l'association au Bois en Ré. Lecture, distribution, mise en place, mise en jeu, Eric Feunteun a validé les huit premières pages de notre texte.

Anguillette 1 : Oh mince un barrage !

Anguillette 2 : Comment on va faire pour passer de l'autre coté ?

Anguillette 1 : Regardez, il y a comme un toboggan !

Anguillette 3 : Qu'est-ce-que c'est que ça ?

Anguillette 4 : Approchons-nous.

Anguillette 2 : Y'a des espèces de picots sur cette pente.

Anguillette 4 : La pente est humide.

Anguillette 2 : Vous croyez que c'est pour nous ?

Anguillette 4 : J'espère que ce n'est pas un piège.

Anguillette 1 : Allez courage !

Anguillette 2 : O hisse ! Ça c'est de l'escalade.

Anguillette 3 : De la varappe oui, elle fait au moins dix mètres cette planche.

Anguillette 2 : On arrive en haut. Allez c'est reparti !

Anguillette 1 : Oh mince, des anguilles jaunes !

Les dates de nos représentations se précisent : vendredi 26 et samedi 27 juin 2020. A cette occasion nous aurons l'honneur et le plaisir d'accueillir Eric Feunteun pour une conférence sur les anguilliformes.

A bientôt !...

Les Tardigrades

11/03/20 : Comme les anguilles nous plongeons dans nos abris protecteurs et continuons, plus isolés, à écrire l'histoire de notre anguille...

En 1859, à Brantevik, un village de Suède, Samuel Nilsson, un garçon de 8 ans, jeta une anguille dans le  puits de la maison de ses grands-parents. Personne ne trouva que ce fut une grosse bêtise, on laissa l’anguille dans le puits et on la baptisa Anguille.

Comme le puits était sans issue, Anguille ne pouvait rejoindre la mer, et elle se résigna à attendre. Les années passèrent, Samuel quitta la maison, la maison changea de propriétaires, l’humanité inventa la voiture, puis l’avion, il y eu deux guerres mondiales, Neil Armstrong marcha sur la lune, on célébra des découvertes et des révolutions, Anguille, elle, restait dans le puits à attendre. Elle passait parfois dans la rubrique des fait divers du journal de Brantevik. On lui offrit même un jour une amie anguille pour tromper son ennui.

Au Japon, la dégustation de l’anguille devint une mode de grand luxe. En Europe elle fut d’abord abondante, puis nuisible, et pour finir, déclina partout et fut classée en danger d’extinction. Mais Anguille ne le savait pas. Elle avait décidé de vivre jusqu’à ce qu’elle trouve une issue à ce puits pour gagner la Mer de Sargasses. Le temps lui importait peu.

Son histoire se termina tragiquement lors de la fête de l’écrevisse en 2014. L’eau du puits chauffa à cause d’un couvercle mal isolé. Anguille fut retrouvée bouillie. Elle avait 155 ans. Sa congénère âgée de 110 ans et qui n’avait toujours pas de nom, lui survécut, et attend encore à ce jour dans le puits. 

A bientôt !...

Les Tardigrades

12/05/20 : Nous avons confiné en compagnie des anguillidés !

En cette période de mise en conserve, nous avons miraculeusement pu continuer à travailler en vidéo conférence avec le groupe anguille, accompagné désormais du multi-instrumentiste Laurent Grais qui nous donne un sacré coup de fouet ! Nous continuons jusqu'à nouvel ordre tous les samedis matin !

Notre anguille s'appelle maintenant Anguilita et voici ces derniers mots :
"La science a toutes les bonnes raisons de m’étudier pour me préserver, certes, mais je suis libre. Je n’appartiens à personne. Et je ne tiens pas à mourir sous le poids d’un radar. Que vaut-il mieux ? Que je rejoigne mes congénères sur le lieu de ma naissance sans entrave ? Ou que vous sachiez tout sur moi à mes risques et périls ? Je larguerai ce sac à dos aux Açores, au large du Portugal !"

Jusqu'à ce jour, les dates de représentations sont maintenues !

A bientôt !...

Les Tardigrades