La médiation scientifique par le Pixel Art

Publié par Morgane Petit, le 20 septembre 2018   110

Xl img 0279 e1536769197179

La programmation numérique est-elle un bon outil de médiation scientifique ?

 

Il y a plusieurs mois, je vous avais parlé d’une association, Arbalet Living Lab, qui promeut la diffusion des sciences à travers la programmation numérique et le Pixel Art. Vous vous en souvenez ? Non, alors je vous conseille de relire l’article consacré, que vous pouvez retrouver à ce lien !

Le Pixel Art, grâce à son côté ludique et design, est une manière pertinente d’initier les publics à la programmation informatique. Cette dernière est souvent méconnue, voire mal vue. Elle peut faire peur, et donc faire fuir les publics. Pourtant, aujourd’hui l’informatique est partout. Rares sont les foyers où il n’y a pas au moins un ordinateur, une tablette ou un smartphone. Dans le milieu professionnel, des connaissances en informatique sont également de plus en plus demandées. Alors, certes, il n’est pas nécessaire d’être un expert, mais il vaut mieux avoir un minimum de savoirs, ne serait-ce que pour ne pas paniquer ou se sentir “bête” lorsque quelqu’un parlera informatique ou programmation.


Dans cette optique, l’association Arbalet, dont je fais partie, propose régulièrement des ateliers pour faire découvrir la programmation à tout type de public. C’était le cas vendredi 7 septembre dernier…

Était-ce un bon moyen pour diffuser les sciences ?


Programmation numérique sur une façade


L’atelier avait lieu sur le campus de l’Université de Bordeaux à Talence. Pourquoi à cet endroit ? Parce que la façade de ce bâtiment a été personnalisée à l’aide de LEDs. Elles permettent d’éclairer chacun des carreaux de la façade, à la manière de pixels. C’est donc un terrain d’expérimentation très intéressant et original pour apprendre (ou pour se perfectionner).

L’association a mis à disposition plusieurs ordinateurs en libre-service branchés sur un wifi interne à l’université. Mais, les participant.e.s pouvaient aussi ramener leur machine s’ils/elles le désiraient.

L’apprentissage de la programmation passe par le langage “Snap!“. Un langage de programmation graphique parfait pour l’apprentissage et l’initiation auprès d’enfants et de débutant.e.s.


Snap! : un langage de programmation adapté aux débutant.e.s


L’utilisation de ce langage est facilitée par la manipulation de “bloc-instructions” (sous les blocs, on retrouvera en fait du Javascript). En cela, il se rapproche beaucoup de Blockly ou de Scratch. Le logiciel, en accès libre, est disponible en plusieurs langues et notamment en français. Il existe une version simplifiée, qui sera plutôt destinée aux débutant.e.s, mais aussi une version étendue, qui permettra aussi aux confirmés de s’amuser et de se perfectionner !

Les fonctions et les instructions, qui, normalement doivent être écrites et créées par l’informaticien.ne, sont disponibles sous la forme de blocs de couleur. On construit donc des scripts (des programmes) en imbriquant les blocs les uns dans les autres ou en les associant à la manière “d’aimants”. Ce langage de programmation graphique pour débutant.e.s transforme les blocs visuels en langage informatique plus conventionnel dans le milieu des développeurs, comme Javascript. Il existe différentes catégories de blocs qui se classent par couleur :


  • Mouvement ;
  • Apparence ;
  • Sons ;
  • Stylo ;
  • Contrôle ;
  • Capteurs ;
  • Opérateurs ;
  • Variables.


Cette façon de programmer, très visuelle, permet aux enfants et aux débutant.e.s de mettre en œuvre et de comprendre certains concepts de base de la programmation, tels que les boucles (“for”, “while” qui permettent de répéter une action), les tests et instructions conditionnelles (écrites sous le forme de “if” : si, “else if ou elif” : sinon ou “else” : sinon, selon les langages) ou encore les affectations de variables (“numéro_de_ligne”, souvent nomées “i” ou “numéro_de_colonne”, souvent nommées “j”).

Cela permet également d’apprendre les bases de l’algorithmie. Il s’agit d’instructions qui servent à définir les tâches que l’ordinateur va réaliser. Il y a une différence entre un algorithme et un programme. Un programme est un algorithme codé dans un langage informatique donné. Ainsi, l’algorithme est toujours le même, quel que soit le langage que l’on utilise ; il définit le comportement.

 

Programmer sur Arbalet Frontage

Une fois que les participant.e.s ont pu se familiariser avec Snap!, ils ont pu commencer à se tester. En effet, il existe deux modes sur le logiciel. Un mode “entraînement” qui permet de simuler et de tester sur l’ordinateur les programmes créés. Ainsi qu’un mode “atelier” où, cette fois-ci, les programmes sont testés en grandeur nature sur la façade de l’université.

Vous pourriez vous demander quel peut être l’intérêt de programmer pour illuminer une façade ? Je pense que l’on peut considérer cela comme une sorte de récompense, de “carotte”. Il me semble effectivement que c’est plus simple d’apprendre et d’engranger des connaissances lorsqu’il y a un aspect ludique et original. Avant d’avoir réellement accès à la façade, on demande aux participants de créer un programme qui “tient la route”. Cela les oblige à réfléchir, à essayer et donc à comprendre. Puis, l’affichage du résultat de leur travail sur la façade est une récompense.


Arbalet Frontage se compose de carreaux de verre illuminés par des LED, qui sont assimilés à des pixels. En terme de programmation, cela représente 4 lignes et 19 colonnes. Les scripts doivent donc prendre en compte ces informations s’ils veulent parcourir l’ensemble des pixels et les allumés simultanément ou les uns à la suite des autres.

Arbalet, Médiation Scientifique, Programmation Numérique, Informatique

 

Ateliers Arbalet Frontage : des participants intéressés et motivés

Nous avons accueilli 6 participant.e.s, tou.te.s étudiant.e.s, mais dans des domaines scientifiques aussi différents que l’informatique, le droit et la santé publique. Je trouve que c’est un bon exemple de ce que je vous disais au début ; l’informatique touche tous les domaines des sciences aujourd’hui !

Autre fait notable et très intéressant à soulever : la parité était respectée ! Il y a avait 3 filles et 3 garçons. Certes, on ne peut absolument pas prétendre à faire des statistiques sur un échantillon aussi peu représentatif, mais on peut quand même se dire que les temps changent. Les préjugés comme quoi les filles ne s’intéressent pas aux ordinateurs et à l’informatique semblent s’éloigner… Heureusement ! Surtout qu’il est intéressant de rappeler qu’en informatique, dans les années ’60-’80, les informaticiens étaient majoritairement des informaticiennes. En effet, leurs fonctions étaient surtout considérées comme du secrétariat ou de l’administratif, puis l’informatique est devenue élitiste en attirant les hommes…


Au moment des inscriptions, nous avons posé plusieurs questions aux participant.e.s. Notamment s’ils étaient familiers de la programmation informatique ou encore comment ils avaient entendu parler de cet atelier. Il s’est avéré que la majorité estimait n’avoir aucune expérience.


Ce résultat est intéressant car il peut montrer l’envie d’apprendre et de découvrir des publics. Et en particulier, d’apprendre et de découvrir un domaine qui est préjugé comme étant inaccessible à la majorité de la population, car trop obscur et compliqué. Encore une fois, je trouve ce résultat très encourageant et optimiste (certes oui, je n’oublie pas que notre échantillon reste restreint) ! J’ai envie de croire que oui, les publics s’intéressent de plus en plus à des domaines scientifiques différents. Ils veulent comprendre, manipuler… Bref, se réapproprier les sciences ! Et cela me conforte donc dans le fait que la médiation scientifique est tout à fait pertinente et a encore de beaux jours devant elle…



C’est eux qui le disent…


Afin de savoir si cet atelier était pertinent et plaisant, j’ai tenu à interroger quelques un des participant.e.s. Ce n’est donc pas moi qui jette des fleurs…


Juliette (débutante, étudiante en santé publique) : “Je ne connais pas grand chose dans ce domaine de la programmation numérique. C’était un peu flou pour moi et je ne voyais pas bien à quoi ça correspondait. Mais j’ai apprécié le côté ludique de l’atelier et j’ai appris des choses”.
Ryan (connaisseur, étudiant en informatique) : “C’était très sympa’, je ne savais pas qu’on pouvait programmer sur un mur ! J’ai pu utiliser mes acquis, mais c’est aussi le genre de choses que les débutants aiment. Il y a de la couleur, c’est ludique et ça peut donner envie aux débutants de programmer. Il faudrait développer ce genre d’initiative et plus la médiatiser”.
Mélis (débutante, étudiante en droit) : “Pour apprendre c’est un bon outil car c’est ludique. J’ai pu apprendre quelques bases de la programmation informatique. Si c’est à refaire, je signe sans hésitations !”.
 

Les ateliers Arbalet : plutôt médiation ou vulgarisation scientifique ?


Au vu de tout ce que j’ai pu observer ce soir et de ce que nous faisons dans l’association, je pense que les ateliers Arbalet se rapprochent plutôt de la médiation scientifique. Les organisateurs partent des connaissances des publics : qu’ils soient débutants, connaisseurs ou experts, il y a toujours une adaptation des connaissances apportées et des exercices proposés.

Les publics apprennent en créant les savoirs par eux-mêmes. De plus, il y a une émulation : les “sachants” viennent en aide aux “non sachants” et peuvent donc se placer à leur tour dans le rôle du médiateur. En effet, ce sont eux qui vont aider, accompagner et expliquer aux débutants. Ils se seront donc totalement appropriés l’exercice, le logiciel et le terrain d’expérimentation. Ils se seront totalement appropriés ce nouveau domaine scientifique et c’est bien là l’objectif !

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)


Vendredi 7 septembre dernier, l’association Arbalet Living Lab a proposé un atelier de programmation numérique. Un exemple d’événement de médiation scientifique qui est très pertinent, mais aussi très apprécié par les publics.

Grâce au logiciel en accès libre Snap!, les participant.e.s pouvait s’initier à la programmation informatique et surtout tester des programmes qu’ils avaient eux-même créés afin d’illuminer la façade de l’université de Bordeaux.

Les participant.e.s étaient tous des étudiants issus de domaines très différents, allant de l’informatique aux sciences humaines. Une façon de montrer, qu’aujourd’hui, l’informatique concerne tout le monde. De plus, exit les préjugés sur l’informatique réservée aux garçons, car nous avions la parité ! La majorité des participant.e.s n’avait également aucune expérience, mais ces personnes sont venues quand même. Elles sont venues car elles avaient envie d’apprendre et de découvrir par elles-mêmes !

Je suis donc convaincue que ces ateliers sont très pertinents et sont de parfaits exemples de médiation scientifique !


Retrouvez cet article sur mon blog La Science En Passant à ce lien !