Conférence "Des saveurs à la conquête de Paris et du Monde
"Des saveurs régionales à la conquête de Paris et du Monde"
La campagne poitevine, une terre nourricière pour des saveurs partagées jusqu’au bout du monde
Au cœur du Poitou géographique et historique, les femmes et les hommes attachés à leur terroir, à leurs racines du Centre-Ouest ont progressivement bâti à partir du XIXe siècle, grâce à la révolution des transports et d’abord celle du rail, à la mécanisation agricole, un écosystème agricole moderne à partir de ressources locales qui s’est d’abord tourné vers les villes-préfectures de la région avant de conquérir les halles de Paris à la Belle Epoque et enfin le marché international.
La réussite des beurreries coopératives, l’histoire des fromages de chèvres, la création de filières reconnues pour l’agneau de Gâtine ou les vaches parthenaise et maraîchine, la spécialisation vers l’élevage laitier ou de vaches à viande après la catastrophe du phylloxéra qui frappe la région dans les années 1870, l’aviculture poitevine qui sort de son statut de production de basse-cour, autant de sujets qui seront abordés au cours de la conférence.
En 1815, au terme des temps agités de la Révolution et des promesses déçues du Premier Empire, l'agriculture poitevine présente une alternance de paysages de brandes encore à demi-sauvages sur lesquels une paysannerie pauvre s'échine pour de maigres résultats, et des terroirs plus favorisés par leurs sols permettant un polyculture familiale dégageant de bien meilleures conditions de travail et de vie.
La suite de l'histoire contemporaine de l'agriculture poitevine aux XIXe et XXe siècles est celle d'une société paysanne en perpétuel mouvement qui s'adapte pour relever et accompagner les défis de la modernité. C'est ainsi que les paysans poitevins tirent partie dès le milieu du XIXe siècle des bienfaits de l'arrivée du chemin de fer qui désenclave leur territoire en leur permettant d'aller vendre leurs produits sur les marchés des villes de la région et jusque dans la lointaine capitale. Les gestes ancestraux répétés au fil des mois depuis des générations sont remplacés après la chute du Second Empire par les nouveaux réflexes imposés par l'apport du machinisme agricole qui voit même les batteuses être accouplées à des machines à vapeur dans les années 1880.
Frappée dans la décennie 1870 par le fléau du phylloxéra et la ruine des vignobles, l'antique viticulture poitevine remontant aux gallo-romains disparaît presque complètement pour être remplacée en quelques années seulement par un élevage laitier puissant, moderne qui est de surcroît sublimé par le regroupement des forces individuelles des éleveurs en beurreries coopératives villageoises, rejointes au tournant du XXe siècle par des fromageries caprines du même type, qui confèrent une aisance nouvelle aux familles qui adhèrent ainsi au pacte politique et social républicain des notables de la Troisième République.
Tout à la fois meurtrie et dynamisée par les deux conflits mondiaux, l'agriculture poitevine expédie quotidiennement ses productions phares aux halles centrales de Paris et elle n'hésite pas à parier sur l'avenir à partir de la fondation de l'Europe verte au début des années 1960 car elle constitue un nouveau pari audacieux à relever.
Le retour à des méthodes de production plus raisonnées à partir de la fin du XXe siècle favorise désormais les labels de qualité pour les viandes, beurres et fromages et permet à la gastronomie locale, bien souvent demeurée confinée aux fourneaux familiaux des fermes ou des auberges, à revendiquer fièrement ses recettes traditionnelles en n'omettant pas la timide reprise d'une viticulture raisonnée.
