Le retour des Brasseurs de Sciences à Toulouse

Publié par Morgane Petit, le 27 septembre 2018   63

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Cuisinons la médiation : quand alimentation et médiation se rencontrent

 

© Pixabay.



Un an plutôt, une très belle initiative naissait à Toulouse : réunir différents acteurs de la médiation scientifique autour d’un verre. C’est ainsi que sont nées les rencontres appelées Brasseurs de Sciences. Une fois par mois, médiateurs, journalistes, blogueurs, chercheurs et j’en passe, se retrouvent dans un bar pour échanger et discuter sur un thème donné (mais toujours en rapport avec la médiation scientifique).

En septembre dernier, j’avais eu la chance d’assister à la première édition de ces rencontres et cela m’avait beaucoup plu ! Ensuite, je suis partie à Bordeaux et je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de revenir discuter sur l’intérêt des jeux en médiation scientifique (mais je me suis quand même rattrapée avec un article, à retrouver ici), sur les échecs de la communication scientifique ou sur les nouvelles expériences de visite. Pour savoir exactement tout ce que j’ai manqué, retrouvez tous les sujets sur Echosciences Occitanie !

Pour ce retour de vacances, le thème proposé liait la médiation scientifique et l’alimentation. Un sujet très original auquel je n’aurai pas forcément pensé. J’ai donc sauté sur l’occasion (et dans le train direction Toulouse) !

 

Les Brasseurs de Sciences : un moment convivial

La soirée commence tranquillement : on se met à l’aise en prenant un verre et en discutant avec les participant.e.s.

© Pixabay.



Cette convivialité est vraiment recherchée par les organisateur.trice.s de ces rencontres et chaque début de soirée débute avec un “instant brise-glace”. Concrètement, quelques questions plus ou moins amusantes sont posées et on y répond en levant (ou pas) la main. Par exemple :

  • “Qui travaille dans la recherche ?” ;
  • “Qui aime manger ?” (Première fois que la majorité est obtenue !) ;
  • “Qui aime cuisinier ?” (Un peu moins de votants).

Puis, nous avions deux minutes (et pas une minute de plus) pour discuter avec son/sa voisin.e et apprendre (très rapidement) à le/la connaître. Pas facile comme challenge ; il faut faire appel à ses capacités de synthèse !

À la fin des échanges et discussions avec les intervenant.e.s, certain.e.s participant.e.s restent un peu et c’est donc l’occasion de discuter plus en détails. Une bonne façon de connaître les acteurs de la médiation scientifique et pourquoi pas, de faire naître des projets…

 

Des intervenants différents, mais passionnants

Le thème de cette soirée interrogeait donc sur l’intérêt de s’appuyer sur les questions liées à l’alimentation pour transmettre des connaissances.

Trois intervenant.e.s sont venu.e.s nous démontrer que oui, l’alimentation est un très bon dispositif de médiation scientifique !

 

LudiSciences : transmettre des connaissances grâce à la cuisine

Il y avait tout d’abord Chantal Bertrand, docteure en Biologie-Santé-Nutrition-Métabolisme et gérante et animatrice de LudiSciences, une structure qui cherche notamment à vulgariser les sciences à travers la cuisine. Grâce à des expériences, telles que celles réalisées en cuisine moléculaire, l’association cherche à sensibiliser et à faire de la prévention sur l’alimentation auprès des scolaires.

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La cuisine moléculaire, beaucoup connaissent le terme et voient plus ou moins à quoi cela peut ressembler. Seulement, on peut facilement y associer une impression de fantastique et d’incroyable. Pourtant, “la cuisine moléculaire, ce n’est pas de la magie. C’est juste de la science”, nous rappelle Chantal Bertrand. Elle essaie également de lutter contre cette fameuse idée reçue : “si c’est chimique, c’est forcément mauvais pour la santé”. En réalité, tout le vivant est “chimique”, nous sommes quand même composé.e.s d’atomes à la base ! Finalement, on pourrait résumer les missions de LudiSciences par un slogan : “faire de la prévention tout en s’amusant”. On l’a déjà vu, le jeu, c’est très efficace pour la transmission des savoirs !

 

L’association Pro-Portion : lutter contre le gaspillage alimentaire

C’était ensuite au tour de Florence Flies de nous présenter ses projets. Elle coordonne notamment l’association Pro-Portion qui promeut la réduction du gaspillage alimentaire dans les restaurations collectives. Cependant, des ateliers à destination du grand public sont également organisés autour de cette problématique. Ce qui lui tient aussi beaucoup à cœur, c’est la volonté de valoriser les déchets. Faire en sorte que quelque chose de “bon pour la poubelle” puisse finalement avoir une deuxième vie et une utilité.

Elle est ainsi en train de mettre sur pied un projet avec des scolaires qui s’intitulera : “Goûter le monde autour de soi”. Pour cela, elle travaille notamment avec des partenaires régionaux, tels que l’Agence Régionale de Santé, le Rectorat ou encore l’Académie de Toulouse. Dans chaque département de la région Occitanie, le projet réunira un collège, trois écoles primaires et un.e agriculteur.trice produisant aussi bien du fromage, de la viande, des légume ou bien des huîtres.

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Ce projet a pour but de faciliter une réflexion sur les modes de consommation. Il permettra aux élèves de découvrir des produits nouveaux et des producteur.trice.s locaux. Tout cela afin que les élèves puissent adopter des comportements alimentaires prenant en compte les impacts des choix alimentaires sur la planète.

 

Interroger sur l’alimentation grâce au théâtre

Enfin, Marc Fauroux, metteur en scène et comédien au sein de la compagnie de théâtre Paradis-Éprouvette, nous a partagé ses expériences mêlant théâtre, cuisine et pédagogie.

Il est notamment l’auteur de spectacles sur l’alimentation, comme “Miam Miam” ou “Marmiton des Rues” et il intervient souvent dans le cadre du salon sur l’alimentation Regal. Il y organise trois journées de médiation autour des goûts et des saveurs. Ces journées lui permettent de faire passer des messages sur le concept du “bien manger”.

 

Le sujet de l’alimentation : un dispositif de médiation scientifique pertinent ?

Cuisiner fait appel à différents domaines scientifiques

Lorsque l’on pense à l’alimentation et à la gastronomie, la médiation scientifique ne vient pas forcément spontanément en tête. Pourtant, cette soirée des Brasseurs des Sciences m’a convaincue ! Oui, le sujet de l’alimentation est un très bon dispositif de médiation scientifique.

Tout d’abord parce qu’il fait appel à de nombreux domaines des sciences : la biologie, la physique, la chimie et même les mathématiques. Cuisiner permet d’apprendre les notions de volume, de faire comprendre certains concepts de chimie, comme l’homogénéité. Finalement, c’est en “malaxant les mots que les publics peuvent les comprendre”. Une remarque de Marc Fauroux que j’ai trouvé vraiment percutante et pertinente.

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Chantal Bertrand a soulevé une remarque intéressante. Elle a parlé de l’un des échecs qu’elle a rencontré au cours de ses ateliers. Une des expériences qu’elle menait sur la digestion n’a pas fonctionné. Au lieu d’être déçue et paniquée, elle a révélé que c’était finalement un bon moment. En effet, les enfants ont dû réfléchir à pourquoi cela ne fonctionnait pas et quelles pouvaient être les raisons de l’échec. Et c’est finalement en faisant cette démarche qu’ils ont réellement fait de la science !

 

Une initiation à la démarche scientifique

L’alimentation est un sujet parfois un peu sensible. Il y a eu de nombreux scandales agroalimentaires ou en raison des pesticides. Traiter ces sujets peut donc aussi mener à des débats et à des discussions. Dans ces cas-là, il faut faire attention à ne pas stigmatiser. En particulier s’il s’agit de questionnements liés aux croyances et aux pratiques religieuses. Il faudra peut-être faire face à une forme de militantisme et chercher à discuter et à échanger. En revanche, face à une classe, cela pourrait prendre trop de temps. Il vaut donc peut-être mieux chercher à sensibiliser sur le “bien manger” et surtout sur le “moins manger” pour éviter le gaspillage.

De même, Marc Fauroux a également rappelé que le théâtre était surtout là pour poser des questions. Il y aura donc plus de difficultés à défendre tel ou tel point de vue. Il vaut mieux chercher à amener les gens à penser de façon globale. Cela leur permettra d’apprendre à se renseigner et à vérifier les sources de leurs informations. En effet, le secteur de l’alimentation est particulièrement touché par les “fake news” et autres aliments miracles censés guérir le cancer. Amener les publics à se questionner va donc, encore une fois, leur permettre de se former un esprit critique et de se forger une opinion.

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Ce sujet des pratiques alimentaires obéit finalement aux mêmes règles que tout autre dispositif de médiation :

  • s’adapter aux publics ;
  • prendre du recul par rapport aux remarques et critiques ;
  • être capable de discuter sans s’impliquer ;
  • faire attention aux messages véhiculés et surtout se concentrer sur les faits scientifiques prouvés.

Pour conclure, d’après les intervenant.e.s, les trois ingrédients nécessaires pour une bonne approche de la médiation à travers la gastronomie sont :

  • le plaisir ;
  • le quotidien : ancrer dans l’habitude, faire en sorte que cela touche les publics ;
  • la critique : “qu’est-ce que j’aime” ? “Pourquoi je défends ce que j’aime”.

 

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

J’ai (enfin) pu assister à mon deuxième rendez-vous des Brasseurs de Sciences et je n’ai pas été déçue ! Déjà, j’ai pu (re)voir et rencontrer de nombreu.ses.x acteur.trice.s du monde de la communication scientifique, mais en plus j’ai été convaincue par un nouveau dispositif pour transmettre des connaissances : l’alimentation.

C’est en effet un sujet très vaste qui mêle plusieurs disciplines scientifiques. Il suscite également des débats et des questionnements. C’est donc un bon outil de vulgarisation scientifique. Mais pas seulement ! Il est aussi efficace pour la médiation scientifique puisque qu’il fait naître des échanges et des discussions.

Grâce aux manipulations obligées lorsque l’on cuisine et aux débats qui peuvent être occasionnés, c’est aussi un très bon moyen d’initier à la démarche scientifique. Et, j’espère que vous l’aurez compris, c’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur !

J’espère donc que cet article vous aura vous aussi convaincu de l’intérêt de ces rencontres et qu’en octobre (la date exacte n’est pas encore connue), vous foncerez à Toulouse pour échanger sur la nouvelle thématique : “les sujets qui choquent”.

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