Des lieux divers et variés pour diffuser les savoirs

Publié par Morgane Petit, le 11 octobre 2018   22

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Histoire et géographie des lieux de culture scientifique 

© Flickr.



Les lieux de diffusion des savoirs et de la culture scientifique sont très variés en France : des musées classiques, aux Fab Labs, en passant par les associations d’aide aux malades. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les dispositifs et pour tous les publics.

La majorité des lieux actuels de diffusion des savoirs prennent leurs racines dans les années ’70-80, lorsqu’il y a eu un changement de contexte politique, notamment sous Mitterrand. La présentation des sciences et techniques, ainsi que les connaissances des publics évoluent. Cela correspond également à une période où les publics s’intéressent de nouveaux aux sciences et se les réapproprient.

Ces lieux de diffusion des savoirs sont multiples et peuvent avoir des objectifs différents :

  • Culturels et historiques sont plutôt orientés vers la diffusion ;
  • Politiques sont plutôt des endroits où se joue la question de la participation ;
  • Économiques sont plutôt axés sur la valorisation.

Quels sont ces lieux et quelle est leur histoire ?

 

L’organisation de la diffusion de la culture scientifique en France

Une histoire des lieux de la culture scientifique française

© Wikipédia.



Dans les années ’70-80, la mise en place du dispositif français de culture scientifique et technique a été initiée. Il s’agissait de répondre à une défiance grandissante de la société envers les experts, seuls habilités à trancher sur des questions pourtant d’intérêt public. Il s’agissait également d’avoir une population correctement informée qui pourrait faire des choix raisonnés sur de grands débats de société.

Plusieurs acteurs sont à l’origine de cette volonté d’une diffusion des sciences : les chercheurs, afin que l’intérêt de leurs travaux soit perçu de tous, les institutions culturelles, afin qu’elles ne se sentent plus exclues des résultats scientifiques, mais aussi les associations.

L’État a répondu à cet appel en créant en 1972 le BNIST (Bureau National de l’Information Scientifique et Technique). Il permettait, dans un premier temps, de diffuser les connaissances de la recherche vers l’industrie, puis, dans un deuxième temps, vers les publics. Les Ministères de la Culture, de l’Éducation Nationale et de la Jeunesse et des Sports ont soutenu cette initiative. Ceci a permis l’ouverture de la Cité des Sciences en 1986, ainsi que les rénovations du Muséum, du Musée des Arts et Métiers et du Palais de la Découverte. De plus, les écomusées et les CCSTI (Centres de Culture Scientifique Technique et Industrielle) ont pu se créer et se développer à travers le pays.

 

Une prise de conscience de la société, mais des limites et des contraintes à la diffusion de la CST

Le dispositif français de culture de sciences et techniques (CST) s’est également appuyé sur les médias : radios, quotidiens et périodiques, mais moins sur la télévision. Encore aujourd’hui, cette dernière ne s’intéresse aux sciences qu’en cas de catastrophes technico-scientifiques.

Le dispositif s’exprime également à travers des manifestations grand public, telles que la “Science en Fête” créée en 1992 et qui est devenue la “Fête de la Science” aujourd’hui. Tout ceci témoigne d’une prise de conscience de l’importance des faits scientifiques pour toute la société.

© Flickr.



Cependant, ce dispositif présente aussi des faiblesses et des insuffisances, notamment car il y a plusieurs tutelles et établissements qui gèrent les structures. Ceci peut conduire à des querelles de territoire, mais aussi à des statuts variés. Il est alors difficile de de bien définir les métiers et d’avoir des perspectives de carrières. De plus, les structures ont souvent des financements hétérogènes, parfois plus faibles en région. Ce qui s’aggrave aujourd’hui avec le désengagement de l’État et qui oblige donc les structures à rechercher des budgets régionaux. Cela leur permet d’intégrer les dispositifs de CST dans des activités locales. Pour autant, cela risque également de limiter leur indépendance s’il y a trop de fonds privés.

Enfin, les structures de CST ont des fonctions diverses et doivent osciller entre différents rôles :

  • pédagogiques : lutter contre la désaffection des milieux scientifiques ;
  • informatifs et culturels : comprendre les grandes questions scientifiques et s’insérer dans le monde contemporain des sciences et techniques ;
  • critique : offrir une possibilité aux citoyens de s’informer et de débattre en connaissance de cause sur des questions éthiques, environnementales ou technologiques.

 

Des lieux de diffusion des savoirs très variés

Des lieux culturels et historiques

Les premiers lieux de diffusion des savoirs sont ce que l’on appelle les “institutions grands publics”. L’un des tous premiers centres de culture scientifique de France est le Museum d’Histoire Naturelle de Paris. C’est malgré tout un lieu tant chargé d’histoire que de politique. À sa création, il s’agissait surtout du “Jardin du Roi” destiné à Louis XIV. Lorsque Buffon reprend la direction du musée, le Museum passe du domaine de l’herboristerie aux sciences naturelles. Au fur et à mesure du temps, le Museum s’ouvre de plus en plus aux visiteurs et devient un véritable “musée”. Un musée qui, notamment, valorise et encourage les sciences participatives et donc l’amateurat (dont on a déjà parlé dans cet article, ici).

Parmi les centres institutionnels historiques, on peut également citer le CNAM, le Conservatoire des Arts et Métiers. Créé en 1794, le projet était d’abord très politique et économique. Il a notamment été créé pour être une façade de diffusion et de médiation et pour promouvoir les innovations industrielles et techniques de l’époque. Puis, en 1819, il change d’orientation et devient un centre d’enseignement grand public en sciences de l’ingénieur (une sorte de pendant ouvert à tous de Polytechnique). C’est toujours plus ou moins le rôle qu’il a aujourd’hui, même s’il ne se contente plus seulement du domaine des sciences de l’ingénieur (et je suis bien placée pour le savoir !).

© Wikipédia.



En faisant un saut dans le temps, on arrive en 1937 avec la création du Palais de la Découverte sous l’égide du Front Populaire. Ce centre de culture est alors entouré de nombreux enjeux : politiques, culturels, économiques ou encore industriels. Il avait pour but de mettre “la science à la portée de tous” et se plaçait donc dans une position avant-gardiste. C’était une grande avancée mondiale et un lieu d’interactions qui permettait aux publics d’aller à la rencontre des sciences et de ceux qui les créent. Aujourd’hui, les missions du Palais restent les mêmes : transmettre les savoirs, les rendre accessibles à tous, diffuser la culture scientifique et éveiller la curiosité, l’esprit critique et, pourquoi pas, des vocations scientifiques.

Les dernières institutions nées sont les fameux CCSTI et la Cité des Sciences. Le premier CCSTI est apparu en 1979 à Grenoble. Il s’agit de La Casemate. Ce n’est cependant pas le premier au monde. L’idée vient en réalité des États-unis avec le modèle de l’Exploratorium à San Francisco en 1969. Elle est issue de la crise de 1968 et notamment de la contestation de l’intervention militaire au Vietnam et des techniques utilisées par les militaires. Ce lieu deviendra un modèle, montrant un nouveau rapport aux savoirs, une dimension expérimentale et de nouvelles façons de créer et de valoriser le territoire. Aujourd’hui, en France, il y a des CCSTI partout. Ils ont différents statuts :

  • associations ;
  • services de l’Université ;
  • collectivités territoriales…

Pour autant, ils ont tous le même objectif : rendre les sciences accessibles à tous.

Des lieux politiques

Ces lieux cherchent surtout à partager et à démocratiser les sciences, notamment en faisant participer les publics. Ils sont principalement issus d’une éducation populaire et d’un militantisme politique. Ce sont des lieux de mise en discussion où le pouvoir est donné aux citoyens. Il y a également une place très importante pour l’expérimentation. On peut ainsi citer en exemple Les Petits Débrouillards.

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Leur existence provient d’un tournant international récent et à une prise de conscience ; il n’est plus possible de se contenter d’un éclairement descendant des scientifiques et politiques vers les citoyens. Au contraire, il faut faire participer les citoyens.

De nombreuses associations naissent après cette prise de conscience. On peut citer notamment le CriiRad en 1986 qui a été crée à la suite de la catastrophe de Tchernobyl. Leur but est de partager les connaissances sur les phénomènes du nucléaire et de la radioactivité. Cette action regroupe aussi bien des chercheurs que des citoyens. Ceci a permis de construire une information indépendante, comme faire des cartographies de niveau de radioactivité. Le CriiRad a donné une “fille”, le CriiGen, qui s’occupe des problématiques liées à la génétique depuis 1999. L’association regroupe des recherches et des informations indépendantes sur le génie génétique et ses impacts.

Ces initiatives sont originales car elles permettent l’élaboration de formes de savoirs que l’État français est incapable de produire. Elles répondent à une véritable demande citoyenne de pouvoir critiquer de façon indépendante les résultats de recherche publique. Elles marquent également un tournant participatif.

 

Des lieux économiques

L’aspect économique caractérise la troisième catégorie de lieux diffusant les savoirs. Ce sont des lieux de valorisation et de partage. Ils sont souvent liés à des institutions académiques, telles que le CNRS, l’INSERM ou encore l’INRA.

Toutes les recherches et connaissances élaborées dans ces lieux de savoirs doivent pouvoir être diffusées et valorisées auprès des publics. Les institutions, mais aussi certaines entreprises privées, ont donc constitué des cellules de valorisation. Pour les entreprises, cela peut passer par la création de brevets. Cependant, elles misent aussi sur leur patrimoine et sur leurs savoirs-faires. Malgré des entreprises qui vivent parfois dans le secret, il y a donc une recherche de partage et d’ouverture.

On peut ainsi citer en exemple la chaîne Zeste de Science, regroupant les vidéos de vulgarisation scientifique réalisées par le CNRS. Il y a également l’exemple de INRA Transfert, qui fait le lien entre la recherche publique et les entreprises et qui aide au développement de nouvelles entreprises innovantes.

 

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

L’organisation de la diffusion des sciences et des savoirs en France est assez ancienne. Elle trouve ses origines à l’époque de la Révolution Française. Au départ réservée à une élite, la culture scientifique devient de plus en plus accessible au grand public. Les institutions académiques historiques évoluent et s’orientent vers ce que l’on nomme des “musées” aujourd’hui. Des lieux qui mettent à disposition les savoirs, qui éveillent la curiosité et suscitent des questionnements.

Après les années ’80 et la prise de conscience que les citoyens s’étaient trop éloignés des sciences, les lieux de culture scientifique se multiplient. Ils deviennent très diverses. Les centres historiques perdurent et se modernisent, mais de nouvelles formes de structures naissent également. Il y a de plus en plus d’associations qui cherchent à faire participer les publics. Elles permettent aussi d’apporter des connaissances et des informations indépendantes. L’accent est mis sur les échanges et sur la création d’un opinion scientifiquement éclairée.

Les académies ont mis parfois un peu de temps à réagir. Pourtant, elles se rattrapent et aujourd’hui et proposent de nouveaux services visant à s’ouvrir et à partager la culture scientifique et les savoirs.

Et, si vous voulez découvrir quelques exemples des dispositifs de médiation scientifique innovants qui sont mis en place par certaines structures, je vous invite à (re)lire l’article consacré, !

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Sources (en plus de celles citées dans l’article) :

  • “La culture scientifique en France : institutions, enjeux” par Michel Crozon et Bernard Maitte, publié en 2001 dans Esprit.

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