Les réseaux sociaux, un dispositif de médiation scientifique ?

Publié par Morgane Petit, le 15 novembre 2018   190

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Peut-on utiliser les réseaux sociaux pour diffuser les sciences ?

 

© Pxhere.



Les réseaux sociaux… Nous en entendons tous parler. Nous sommes parfois utilisateurs de certains, parfois, au contraire, plutôt réfractaires à leur utilisation et leur présence. Pourtant, dans tous les cas, nous ne pouvons pas les ignorer. Ils sont là et bien là ! Twitter, Facebook, Instagram, Snapchat, Youtube… Ces noms résonnent souvent à nos oreilles. Sont-ils seulement des passes-temps très chronophages ? Peut-on imaginer une autre utilisation pour eux que de montrer des photos et raconter nos vies ? Personnellement, j’en suis convaincue et j’ai très envie d’essayer de vous montrer que, oui, les réseaux sociaux peuvent être des dispositifs de médiation scientifique !

Cependant, avant d’aller plus loin, il est peut-être nécessaire de rappeler ce que j’entends par “dispositif de médiation scientifique”. Pour moi, il s’agit de tout outil, de tout moyen qui peut être utilisé pour transmettre des connaissances et échanger des savoirs avec des publics.

Les réseaux sociaux sont faciles d’accès aujourd’hui. N’importe qui peut les utiliser depuis un ordinateur ou un smartphone.

Cela ferait-il d’eux de nouveaux médias de masse ?

 

Pourquoi utiliser les réseaux sociaux pour diffuser les sciences ?

Vous avez dit “réseau social” ?

Pour commencer, il serait peut-être intéressant de définir ce que l’on appelle un “réseau social”. Dans l’imaginaire collectif, les réseaux sociaux désignent “généralement l’ensemble des sites internet permettant de se constituer un réseau d’amis ou de connaissances professionnelles et fournissant à leurs membres des outils et interfaces d’interactions, de présentation et de communication” (d’après Définitions Marketing).

Il s’agit donc majoritairement de plateformes numériques qui permettent de “relier” et de faire communiquer des gens qui, parfois, ne se seraient jamais rencontrés autrement. D’après certaines théories (que je n’ai pas cherché à vérifier, donc cela reste de l’hypothétique !), il n’y aurait que 5 personnes entre nous et le reste du monde sur Facebook. En effet, grâce aux amis de vos amis, vous pourriez connaître tout le monde, même Barack Obama ! Le monde serait alors à portée de clavier… Et donc, pourquoi pas la science ?

© Pixabay.




Pourquoi les sciences devraient être diffusées via ces outils numériques ?

Lutter contre les “Fake News”

Puisque, apparemment, l’humanité toute entière est sur Facebook (je plaisante bien sûr, je sais bien que ce n’est pas le cas), il serait presque dommageable pour le monde des sciences de ne pas y être aussi. Bon, en réalité, ce n’est peut-être pas une réelle obligation, mais cela devient malgré tout une nécessité.

Pourquoi ? Parce que certains groupes ont très bien compris cette notion de lien et cette possibilité de toucher le plus grand nombre. Je reste ainsi totalement convaincue que si nous entendons autant parler de “fake news” aujourd’hui, c’est bien parce que leurs créateurs ont parfaitement compris l’intérêt des réseaux sociaux. Ces outils sont très puissants : ils sont populaires, très présents, mais aussi très chronophages. Ce dernier point revêt une grande importance car finalement les utilisateurs se retrouvent souvent submergés de nouvelles et ne se contentent donc parfois que d’un titre accrocheur (le fameux “putaclic”) et d’une jolie image pour relayer des informations qui peuvent se révéler fausses (voir les études du MIT de mars 2018). Et cela, les “complotistes” l’ont bien compris et sont même devenus des professionnels en la matière !

© Pixabay.



C’est donc l’une des premières raisons pour lesquelles les acteurs du monde scientifique devraient investir les réseaux sociaux. Il faut qu’ils fassent barrages à toutes ces “fake news”, qu’ils soient capables d’utiliser les mêmes codes et outils afin de sensibiliser les publics et de leur apprendre à se méfier. Les réseaux sociaux doivent être l’un des premiers terrains d’apprentissage à l’esprit critique. Certaines institutions l’ont bien compris, à l’instar de l’Université McGill de Montréal qui a réalisé une vidéo avec les mêmes codes que les “fake news” médicales, afin de sensibiliser sur cette pratique (à voir ici).

 

Un véritable intérêt pour la recherche

Les réseaux sociaux peuvent avoir un rôle à jouer directement dans le monde de la recherche. Ils peuvent permettre aux participants de colloques et autres congrès de collaborer. C’est ainsi facile de rebondir, de s’exprimer, de commenter, voire de compléter, une présentation par l’intermédiaire des réseaux sociaux. Il y a donc plus de personnes qui peuvent participer, même celles qui ne sont pas physiquement présentes. D’ailleurs, on voit de plus en plus de “tweet wall” (des écrans sur lesquels sont relayés les tweets en rapport avec la manifestation) fleurir lors de ces événements.

© Wikipédia.



Les réseaux sont également de plus en plus utilisés pour réaliser des études, des sondages ou des enquêtes. En ce moment, il est notamment possible de répondre à un questionnaire mené par le co-créateur de la chaîne Balade Mentale, Kevin Fauvre. Il lance une étude afin de chiffrer précisément les conditions de travail du métier de médiateur scientifique pour mieux le comprendre et mieux le défendre. Vous pouvez retrouver le questionnaire à ce lien ! Tania Louis avait aussi réalisé une enquête sur les vidéastes scientifiques via les réseaux. En effet, cela permet de toucher un échantillon de plus en plus important de publics différents.

Enfin, les réseaux sociaux sont un bon moyen pour montrer la science “en train de se faire”. Il existe notamment différents comptes Twitter qui permettent de diffuser des connaissances. Le compte @EnDirectDuLabo permet de faire découvrir les coulisses de la recherche. Chaque semaine, un nouveau scientifique présente ses travaux, ses études et sa façon de travailler. C’est une très bonne manière de démystifier la recherche et les scientifiques et de montrer la diversité des laboratoires et des sujets. Quant au compte @ComSciComCa, il est orienté pour permettre à tous les passeur.se.s de sciences de présenter leurs missions. C’est donc compte purement dédié à la médiation et la communication scientifique et l’animer est vraiment très formateur ! Et je sais de quoi je parle, puisque j’ai animé le compte en mai dernier !

© ComSciComCa.




D’une bonne utilisation des réseaux sociaux pour transmettre des connaissances

Comment bien utiliser les réseaux sociaux ?

En juin dernier, la Fête de la Science a diffusé plusieurs formations vidéos pour apprendre à bien utiliser les réseaux sociaux pour transmettre les connaissances. Vous pouvez retrouver tous ces cours sur leur chaine Youtube, .

© Fête de la Science.



La première question à se poser lorsque l’on veut utiliser les réseaux sociaux pour transmettre des connaissances, c’est comment voulons-nous faire participer les publics ? Quelle participation voulons-nous obtenir ? C’est là qu’on peut parler de ce fameux concept “d’engagement”. Ceci traduit l’interaction que les publics auront avec vos publications : “likes”, partages et commentaires. Comment obtenir ces interactions ? Quels types d’interaction veux-t-on obtenir ? Uniquement du “dématérialisé” ? Un déplacement des publics vers les expositions ? C’est important d’y réfléchir au moment de la mise en place de la stratégie de communication.

En tout cas, une chose importante à noter, c’est qu’il ne faut pas confondre les réseaux sociaux avec les “masse-médias”. Au contraire, il faut les utiliser pour apprendre à connaître les publics. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? À quoi s’intéressent-ils ? Il faut chercher à les comprendre et à nouer de véritables liens avec eux. De cette manière les réseaux sociaux deviennent de véritables lieux (“tiers-lieux” ?) de médiation scientifique.

 

Différents réseaux sociaux pour différents publics



© Pxhere.

Aujourd’hui, il existe des réseaux sociaux très variés : Facebook, Twitter, Instagram ou encore Snapchat. Pour autant, ils n’ont pas tous les mêmes objectifs et ne ciblent pas les mêmes publics.

Facebook et Twitter sont deux outils très puissants. Sur Facebook, il faut éviter de poster plus d’une publication par jour, afin de ne pas “spamer” (je sais, je ne suis pas un exemple). Les publics cibles sont différents : sur Twitter, on parle plutôt “d’influenceurs” (je déteste ce mot). Il s’agit donc d’un public informé et éclairé, alors que sur Facebook, on parle plutôt de “grand public”. Cependant, attention, cela ne veut pas dire qu’il faut faire du “général”. Au contraire, comme nous l’avons spécifié plus haut, il faut chercher à identifier et connaître ses abonnés !

Facebook, et plus largement LinkedIn, ressemble à une vitrine. Il peut y avoir des “likes”, mais pas forcément de commentaires. Au contraire, Twitter suscite surtout des échanges et des discussions.

Nous pouvons aussi parler de Snapchat… Bon, pour ce réseau, je ne suis pas une experte, je crois que je suis trop vieille… En effet, ce réseau social est plutôt tourné vers les jeunes de 15-25 ans et c’est une sorte de SMS augmenté. Il permet donc de diffuser des informations en direct (le CNRS et le CNES sont sur Snapchat). Ce réseau peut donc aussi être très intéressant pour les CCSTI qui voudraient cibler un public jeune, entre 10 et 15 ans. Par contre, il n’y a pas d’approfondissement de contenu, ce réseau, comme Instagram d’ailleurs, servira surtout à montrer les coulisses d’un laboratoire ou d’une manifestation. Ainsi Instagram est utilisé par le CNRS pour valoriser leur recherche au travers de belles images ou proposer des quiz et des images mystères.

 

Conclusion (Ce qu’il faut retenir)

Les réseaux sociaux sont très présents aujourd’hui. Même si l’on n’est pas utilisateur, il n’est pas possible de les ignorer. Ils sont variés, ont des objectifs différents et ciblent plusieurs types de publics.

À mon (humble) avis, les sciences ont donc quasiment l’obligation de les investir aujourd’hui. Il n’est pas possible de laisser ces “tiers-lieux” inoccupés. En effet, ce serait laissé libre cours à tous les “complotistes” et autres “platistes” qui, eux, ont très bien compris l’intérêt d’investir les réseaux sociaux. Avec des techniques de communication parfois assez poussées, les “fake news” deviennent virales. C’est donc le rôle de tous les acteurs du monde scientifique de leur faire barrage et de se réapproprier ces espaces d’échange.

De plus, ce sont de très bons moyens pour faire de la médiation à la destination du plus grand nombre. Il est possible de montrer les sciences en train de se faire, de participer à un colloque en étant délocalisé ou encore de montrer les coulisses d’un laboratoire ou d’un événement. Par contre, ce n’est peut-être pas le meilleur moyen pour transmettre des connaissances pures. Tout d’abord parce que le format des publications est souvent court et qu’il n’y a pas de vrais moyens de vérifier que ces connaissances ont bien été comprises et acquises. L’acte de médiation nécessite donc un fort engagement de la part des publics. Sont-ils prêts à le faire aujourd’hui ?

© Pxhere.



Sources :