Une météorite à Maisontiers ?

Publié par Eric Chapelle, le 28 juillet 2021   660

Xl maisontiers

Dimanche 25 juillet 2021 à Maisontiers (79), les cloches marquent 9 heures du matin sur la place déserte du village, quand une dizaine de voiture se garent. Une petite trentaine de personnes en descendent, se rassemblent, regardent une carte, discutent. Puis repartent en direction d’une petite ferme. Là, sous le regard étonné des vaches par cette surprenante visite dominicale, ils commencent à faire des allers et retours dans les prés...


Mardi 13 juillet 2021, à 22h 34min, un météore très brillant est observé dans l’ouest de la France. Ce phénomène signale la rentrée dans l’atmosphère d’un fragment de roche extraterrestre aboutissant à la chute sur Terre d’une météorite. Celle-ci serait tombée entre Parthenay et Bressuire, dans le département des Deux-Sèvres. Ce phénomène n’a été observé que par un petit nombre de témoins, mais il a aussi été enregistré par deux caméras du réseau FRIPON (Fireball Recovery and Interplanetary Network). Dans le cadre de ce projet, une centaine de caméras automatiques installées sur le sol français surveillent en permanence la rentrée de météorites dans l’atmosphère. L’objectif est désormais de retrouver cette météorite sur le terrain, en impliquant les volontaires dans cette démarche ! À cette fin, le réseau Vigie Ciel a vu le jour pour former et accompagner les publics dans leur participation à des projets de recherche liés à l’arrivée de matière extraterrestre sur Terre. L’Association Astrolys basée à La-Chapelle-aux-Lys est l’un des relais des projets FRIPON/Vigie-Ciel. Étant la plus proche du point d’impact, elle est en charge de coordonner cette opération en collaboration avec d’autres associations locales (notamment : AstroClub Charentais, Société astronomique de Touraine, Espace Mendès-France Poitiers, Blois-Sologne Astronomie).

Exemple de météorite fraîche
Exemple de météorite fraîche - Collection de Patrice Guérin, photo Eric Chapelle

Dans l’espace, le météoroïde (petit astéroïde) avait une taille de 8 centimètres de diamètre. Notre chance est qu’il est rentré dans l’atmosphère à une faible vitesse (46 000 km/h), à une vitesse plus élevée, 100 000 voire 150 000 km/h (ce qui est fréquent) l’objet aurait été, par les frottements et les forces de compression, chauffé, érodé et désintégré. Cette traversée atmosphérique a tout de même laissé des traces. L’objet a perdu entre 80% à 95 % de sa masse et ses surfaces se sont aplaties et noircies. C’est donc une météorite de couleur noire, de quelques centaines de grammes  et de la taille d’une petite pomme qu’il faut trouver.

Pourquoi rechercher ces cailloux ?
Certaines météorites contiennent les traces des conditions présentes il y a 4,5 milliards d'années lors de la formation du Système solaire. Elles sont les uniques témoins de cette époque. Quant aux autres, elles apportent aux astronomes des informations sur la nature des astéroïdes.  Disposer de météorites fraîchement tombées sur Terre est important car avec le temps l’eau va altérer leur composition et donner des éléments incomplets. Or depuis le XXe siècle, très peu de météorites sont trouvées car contrairement au passé où la population était très souvent dehors et voyait ces objets tomber du ciel, aujourd’hui quasiment aucun témoignage n’est enregistré.

Comment les trouver ?
À partir des trajectoires données par les caméras Fripon ou par les témoignages d’observations de bolides (grosse étoiles filantes) faites par des individus, il est possible de connaître l’orbite d’origine de l’astéroïde et la trajectoire de sa chute. Dans le cas de la météorite de Maisontiers, la zone d’impact s’étend sur une dizaine de kilomètres de long et sur 600 m de large. Il faut donc explorer toutes les parcelles de terrain dans cette zone. Cela demande un gigantesque travail préparatoire consistant à demander à chaque propriétaire et exploitant une autorisation de pénétrer sur leurs terres.

Les participants recherchant méticuleusement la météorite
Les participants recherchant méticuleusement la météorite - photo Eric Chapelle