[Vendredi Lecture] : Tu Mourras Moins Bête

Publié par Morgane Petit, le 13 septembre 2018   31

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Une contribution au monde de la vulgarisation

 

Il y a quelques temps, je vous avais écrit une petite chronique pour vous présenter « Dans la Combi de Thomas Pesquet«  (à relire ici). Une BD réalisée par Marion Montaigne, alias « Prof Moustache ». Je vous l’avais dit, elle est drôle, elle a de l’humour et elle n’est pas toujours politiquement correct. Elle est une grande dame de la vulgarisation scientifique !



Tout à fait, ce qui semble lui apporter (je ne peux pas parler à sa place), c’est de permettre à tous de comprendre des notions de sciences. Permettre à tous de parler (un peu) de sciences. À sa manière, elle aide à combler ce fossé dont l’on parle souvent. Ce fossé entre publics et scientifiques qui se creuse (ou pas).

Si vous me suivez depuis quelques temps, vous aurez compris que la vulgarisation et la médiation scientifique sont deux choses essentielles pour moi ! Vous le savez, je tiens à ce que les citoyens puissent se réapproprier les sciences. Les travaux de Marion Montaigne prennent donc tout leur sens…

 

Tome 1 : La Science, C’est pas du Cinéma !

Aujourd’hui, je vous parle du premier épisode des ouvrages « Tu Mourras Moins Bête« . Marion Montaigne en a créé 5 que vous pouvez retrouver sur son site, à ce lien. Dans ce premier tome, elle, enfin le Prof Moustache, nous parle des sciences et du cinéma.

Est-ce que vous avez déjà eu cet.te ami.e qui, lorsque vous allez au cinéma avec elle/lui, n’arrête pas de vous dire : « non, mais franchement, ça c’est pas possible » ou « là, clairement, il aurait dû mourir » ou encore « mais c’est pas du tout comme ça qu’on fait un massage cardiaque ! » ? Pour ma part, j’ai mon père qui fait ce genre de réflexions de temps en temps. Non, James Bond ne peut pas rattraper un avion en vol. Et non, il ne peut pas y avoir d’explosions dans l’espace et, en tout cas, il ne peut pas y avoir de bruit. Bien sûr que je suis scientifique et que donc j’essaie d’avoir un esprit critique et de prendre du recul sur ce que je vois et sur ce que je lis, mais j’avoue que quand je regarde un film, j’aime bien me laisser transporter et « poser mon cerveau »… Mais, ce n’est pas le cas de Prof Moustache qui a décidé de décortiquer quelques faits scientifiques au cinéma.

 

La science dans les films d’action

L’ouvrage se découpe en trois parties :


  • une première partie consacrée aux films d’action ;
  • une deuxième consacrée aux films de science-fiction ;
  • et la dernière consacrée aux séries TV.








Pour ce qui concerne les films d’action, le Prof Moustache s’est beaucoup intéressée aux armes à feu et aux balles. Comment survivre à une fusillade ? Comment tirer efficacement avec un pistolet ou un fusil ? Elle s’est même intéressée aux potentielles conséquences d’une bombe atomique. Et, bien sûr, oubliez la solution « frigo » comme dans le dernier Indiana Jones.

On apprend également quoi faire pour survivre à un crash d’avion et, en réalité, ben… il n’y a pas grand chose à faire. Oubliez le parachute individuel et réservez une place à l’arrière de l’avion…

La science dans les films de science-fiction



Après s’être attaquée aux films d’action et aux films policier, Prof Moustache a décidé de décortiquer quelques films de SF. On apprend donc que finalement détruire une météorite qui nous menace, c’est carrément pas du gâteau, et qu’en fait, on a toutes les chances de mourir ! Ma plus grande tristesse a été de savoir qu’apparemment, il n’existera jamais de sabre laser. Déjà parce que la lumière ne se finit pas et qu’en plus, pour trouer quelqu’un, il faut un laser qui pèse des tonnes… Après, j’ai envie de me dire que le Prof Moustache ne sait peut-être pas tout ? Star Wars se déroule dans une galaxie lointaine, très lointaine… Dans cette galaxie-là on arrive peut-être à faire des lasers finis qui peuvent trancher et qui pèsent rien ? Allez, ne venez pas me gâcher mon rêve s’il vous plaît Prof Moustache !


Parmi toutes les « technologies » présentées dans les films de SF, il y en aurait quand même quelques unes qui existeraient aujourd’hui. Notamment la publicité personnalisée (« inventée » dans le film Minority Report avec Tom Cruise, un film pas mal du tout d’ailleurs). Imaginez qu’une caméra vous scanne l’iris et décode toutes vos envies et vos habitudes… Actuellement, ce ne sont pas les scanners d’iris, mais bien les traces laissées sur Internet et les réseaux sociaux qui peuvent orienter la publicité. Flippant ?

La science dans les séries TV



Qu’est-ce que vous aimez comme séries ? Pour ma part, je suis très portée sur les séries policières (NCIS, Castle, Esprits Criminels) et médicales (Dr. House, Grey’s Anatomy). Ah, je vois déjà Prof Moustache ricaner lorsqu’elle lira le terme « séries médicales ». Vous me trouverez peut-être un peu « grognonne » mais je suis vraiment fan de Grey’s Anatomy, alors je n’ai pas beaucoup apprécié les critiques faites par le Prof Moustache sur cette série. Certes, les médecins du Seattle Grace ont réellement des vies compliquées (voire « de merde ») et la ville de Seattle semble être une des plus dangereuses du monde (déraillement de trains, crash d’avion, explosion de gaz, prise d’otage), mais il me semble qu’au niveau médical, certaines choses tiennent relativement la route.

Elle donne notamment l’exemple des massages cardiaques qui ressembleraient à des pompes et qui seraient donc absolument inefficaces. Pourtant, je vous encourage à regarder, entre autres, l’épisode 16 de la saison 3 et vous verrez que Derek fait bien ce que recommande Prof Moustache : un massage cardiaque les bras tendus et en y allant « à donf » !

Par contre, pour ce qui est de son analyse des séries policières (elle prend notamment l’exemple des Experts à Miami), je suis plutôt d’accord avec elle. C’est vrai que les enquêtes policières télévisées sont véritablement en décalage avec la réalité. Pas d’équipements de protection sur les scènes de crime, une seule personne qui fait toutes les analyses scientifiques (balistique, études ADN, recherche d’empreintes digitales). Abby (NCIS) est véritablement polyvalente ! Quelle fille incroyable, pour faire tout cela, elle ne doit pas beaucoup dormir… Heureusement, dans la réalité, il y a un laboratoire et une équipe de scientifiques dédiés pour chaque analyse. Du coup, tout le monde peut avoir un minimum de vie sociale !


Prof Moustache et la vulgarisation scientifique

Un désenchantement des films… et du monde ?



Vous l’aurez compris, dans cette BD, Marion Montaigne démonte de nombreux préjugés et nous éclaire sur beaucoup d’inventions soit-disant scientifiques et techniques. Et c’est, bien sûr, tout à fait le rôle de la vulgarisation scientifique ! Démystifier les sciences, démonter les idées reçues, réduire le fossé entre publics et scientifiques ou encore initier à la démarche scientifique et à l’esprit critique. L’œuvre de Marion Montaigne est donc un outil de vulgarisation scientifique très efficace. Je dirai même redoutablement efficace ! Car pour démystifier, elle démystifie… On dit que la médiation et la vulgarisation scientifique sont là pour dévoiler les sciences et je suis tout à fait pour. Pourtant, je pense que ces dévoilements s’accompagnent parfois d’une certaine forme de désillusion et désenchantement…

Est-ce que tout expliquer, tout décortiquer est vraiment une bonne idée ? Ne risque-t-on pas de perdre les côtés parfois un peu magiques et fantastiques que le monde peut revêtir ? Est-ce vraiment si « mal » de simplement profiter de la télévision, d’être un peu passif et de ne pas chercher à réfléchir ?

Ces questions m’ont tracassé pendant toute la lecture de la bande dessinée et j’avoue que cela a un peu gâché mon plaisir. C’est un peu comme si je n’avais pas le droit de me poser devant la télé et « d’éteindre mon cerveau ». Comme s’il fallait toujours être en position critique. Bien sûr qu’il ne faut pas prendre pour argent comptant tout ce que les films nous montrent, mais je reste persuadée qu’il faut garder une part de magie et de mystère, surtout dans nos loisirs !

 

Une vulgarisation efficace ?

Laissons de côté mes doutes sur la pertinence de décortiquer les films et observons maintenant l’aspect purement « vulgarisation » de l’ouvrage.

Marion Montaigne rédige et dessine avec beaucoup d’humour et d’ironie. Elle peut parfois se montrer un peu mordante, mais je trouve que c’est vraiment ce qui fait son charme. La bande dessinée se lit toute seule, de manière fluide et nous fait rire plus d’une fois. Les dessins sont clairs et le fait qu’ils soient réalisés de manière presque schématiques les rend très sympathiques, ce qui fait que, finalement, on s’attache aux personnages.

Les anecdotes sont clairement présentées et les explications amenées de façon pédagogique, ce qui fait qu’on peut suivre facilement le raisonnement. Pourtant, il y a quand même quelque chose qui m’a dérangée (hormis les sujets étudiés), c’est une absence de conclusion. J’ai l’impression qu’il n’y a jamais vraiment de chutes et qu’elle ne donne pas toutes les explications nécessaires à notre entière compréhension. Est-ce pour développer notre autonomie ? Pour que l’on continue à se poser des questions ? À réfléchir et à creuser le sujet ? Si c’est cela, ce sont des raisons louables. Mais, cela peut aussi donner une impression de condescendance. Peut-être que si l’on a une sensation de vide à la fin de l’anecdote, c’est parce que l’on n’est pas capable de tout comprendre ? On ne pourra jamais être le Prof Moustache, au mieux, on sera son assistant.e…



Conclusion (Ce qu’il faut retenir)





Tu Mourras Moins Bête est une bande dessinée très sympathique et un bon exemple de vulgarisation scientifique. On se fait plaisir et on s’amuse tout en apprenant des concepts, en engrangeant des connaissances et en défaisant des idées reçues.

Le premier tome décortique les sciences dans les films et les séries télévisés. Donc, en terme de préjugés et d’idées reçues, on est en plein dedans ! Le cinéma est un sacré vecteur d’approximations, voire d’inventions soit-disant révolutionnaires. C’est pourquoi la vulgarisation scientifique a encore beaucoup de travail en perspective.

La vulgarisation scientifique est bien menée : l’utilisation d’humour, d’ironie et de dessins assez schématiques fait que l’on arrive à suivre facilement les explications et les raisonnements. On apprend en se faisant plaisir ! Pour autant, j’ai un peu de mal à apprécier complètement le sujet des films. J’ai peur que le fait de décortiquer ce qui est, de base, un loisir nous désenchante et nous désillusionne.

De plus, j’ai une impression de vide à la fin de chaque anecdote. Il me manque une conclusion et certaines explications. Pourquoi ? Est-ce que c’est pour que je continue à creuser toute seule ? Et on revient donc à l’une des missions essentielles de la vulgarisation scientifique : susciter la curiosité et l’autonomie ! Ou alors, est-ce une forme de condescendance ? Qu’en pensez-vous ?

Mais, dans tous les cas, je vous assure que la lecture de cette bande dessinée vaut le coup ! Alors je vous la recommande, n’hésitez plus !