Médiation et archéologie préventive

Publié par CD 24 service de l'archéologie, le 19 mars 2019   130


Médiation et archéologie préventive

(Suite aux rencontres du 15 janvier des médiateurs du patrimoine du réseau échoscience)

Des opérations de médiation calées sur le rythme de la recherche

  Chaque opération archéologique, chaque projet de médiation est une nouvelle "aventure". En effet, même si la chronologie des opérations est globalement toujours similaire, le contexte géographique, archéologique, politique, humain, induit systématiquement des adaptations pour être en adéquation avec le territoire et les publics que l’on souhaite mobiliser. 

Les actions de médiation doivent être prises en compte avec sérieux dès les premières phases de la conception du chantier,  afin d’évaluer et budgétiser les différentes actions proposées, et d’en faire une valeur ajoutée au projet, à chaque étape de son déroulement : diagnostic, fouille, post-fouille.

  - Le diagnostic : premiers sondages, rencontres et prévisions

L’opération archéologique est la première à intervenir dans les plannings des projets d’aménagement. Elle modifie l’environnement, elle a un impact physique et psychologique, elle cristallise la curiosité, l’anxiété et parfois même l’animosité. À ce stade, il n’est pas encore question d’actions d’envergure pour  le public . En effet la mise en œuvre des sondages souvent profonds, la proximité des engins mécaniques, la présence d’une équipe de terrain réduite à 2 ou 3 personnes, la mobilité constante ne constituent pas un environnement propice à l’accueil de groupes et à la sécurité des personnes.

Toutefois si le « manège » des pelles mécaniques ouvrant des sondages attise les curiosités, si l’équipe d’archéologues estime que certaines découvertes méritent d’être vues, il est envisageable de proposer à ce stade une première action de médiation ayant pour objectif de sensibiliser et informer. On organisera alors un point presse pour les médias locaux et si les conditions de sécurité et de disponibilités sont réunies, l’accueil ponctuel de quelques groupes ciblés et en particulier, les représentants du maître d’ouvrage et les décideurs publics locaux. Si le diagnostic doit donner lieu à une fouille, ces premiers contacts peuvent permettre d’informer sur la procédure et de sensibiliser sur l’intérêt scientifique des découvertes. Toutefois, les propositions de l’opérateur d’archéologie en matière de communication à ce stade tiendront compte de la de la vulnérabilité des vestiges.

  - La fouille : le lieu privilégié de la médiation

  Pendant l’opération de fouille (préventive / programmée), l’organisation d’actions de médiation est facilitée par les espaces et le temps disponible. Les zones de fouille sont clôturées, ce qui permet d’écarter les risques d'accident  et de sécuriser les vestiges en cours d’étude. La valorisation de l’archéologie et de ses méthodes peut alors se faire in situ, bénéficier des échanges permanents avec les archéologues et de l’évolution au jour le jour des découvertes. 

Pour accompagner les visites et ateliers, toutes sortes de supports de communication ou outils pédagogiques peuvent être mobilisés : documents d’accompagnement à la visite, et notamment pour les plus jeunes, plaquettes institutionnelles, panneaux d’information Le public peut également parfois bénéficier sur place d’un espace dédié à la médiation avec une présentation d' objets provenant de la fouille . Cet espace, situé à proximité directe du chantier quand cela est possible (locaux du dépôt, préfabriqué), peut aussi bien servir de zone d’accueil, de présentation, d’abri en cas de météo défavorable.

  Le public : 

  Les jeunes sur le temps scolaire

ZLes vecteurs de contact avec les enseignants sont multiples. L’Éducation nationale dispose dans chacune de ses Inspections de professeurs référents, de conseillers pédagogiques, et au sein des Rectorats de conseillers académiques pour le patrimoine. Ces personnes ressources sur le territoire peuvent se faire le relais des visites et ateliers proposés par l’opérateur d’archéologie, organiser des journées de formation pédagogique sur site et accompagner les enseignants dans la mise en œuvre de projets personnalisés adaptés aux objectifs scolaires.

  Les actions avec les scolaires peuvent être ponctuelles, les enseignants profitant simplement de l’opportunité du chantier, ou de longue durée en s’inscrivant dans le dispositif de projets d’actions culturelle.

  Les jeunes sur le temps périscolaire : les centres de vacances et de loisirs

Structures organisées sur le plan communal ou intercommunal, c’est un public facile à mobiliser pour des visites. Il est par ailleurs fréquent qu’elles s’engagent sur des durées plus longues : suivi de chantier, ateliers, restitutions de forme variée.

  Le grand public

Pendant la fouille il existe de multiples moyens de faire partager l’avancée des recherches. Nous en citerons quelques-uns ci-dessous :

 - journées portes ouvertes du type « chantier ouvert » consistent à proposer des visites de chantier au public pendant une ou plusieurs journées. L’organisation de ce type d’événement peut notamment s’inscrire dans les manifestations annuelles nationales du type Journées du patrimoine (septembre), Fête de la science (octobre), et Journées de l’archéologie ( juin).

Ces journées pouvant générer des flux de visiteurs importants, il est souvent nécessaire de se rapprocher de la commission de sécurité compétente et de veiller à la mise en œuvre des préconisations de sécurité. 

  - Panneaux d’information fixés sur la clôture, en complément des visites ou en cas d’inaccessibilité du chantier au public. Ils peuvent également être relayés pas les sites web institutionnels, affichés dans les mairies, syndicats d'initiative, musée local ... 

- Plaquettes d'informations distribuées dans les institution, centres culturels, commerces ...

  La visite de chantier n’est qu’une photographie à un instant T : elle permet de satisfaire la curiosité, de participer à un moment rare, mais ne donne à voir et à comprendre qu’un fragment du site en cours d’étude. Il est possible de continuer à faire partager les découvertes après la fin du chantier en organisant une médiation post fouille, qui bénéficiera notamment de l’avancée des études et analyses conduites après la phase terrain. 

  3. Les démarches de médiation post-fouille

  Les actions de médiation ne cessent pas au départ des archéologues du terrain. L’essentiel de l’information reste en effet à transmettre pendant et à l’issue de la phase d’étude et de rédaction. Les actions de valorisation et de médiation se poursuivent ainsi sur plusieurs mois voire plusieurs années. Satellites des opérations de fouille, elles accompagnent les publics dans la découverte du patrimoine et de l’archéologie au sens large.

 Par « post-fouille » on entend l’ensemble des opérations de recherche menées après la phase de terrain, mais également la longue phase de rédaction et de collecte des contributions. Des actions peuvent être menées pendant les travaux d’étude, en particulier un suivi avec les scolaires et des ouvertures ponctuelles des laboratoires, mais également et surtout à la clôture du processus, c’est-à-dire à la remise du rapport final d’opération et à la publication des résultats, lorsque ceux-ci sont aboutis et peuvent être communiqués à la communauté scientifique et au grand public. Elles peuvent prendre la forme de conférences, d’expositions, de visites commentées, d’ateliers pédagogiques, de publications, de visites supplémentaires. Le médiateur est alors force de proposition ; pour construire un projet, et faire le lien entre les besoins et les différents acteurs ou structures.

    - Les conférences de restitution au grand public

La conférence est la forme de restitution la plus simple à mettre en œuvre. En effet il suffit de mobiliser une salle, quelques moyens logistiques et audiovisuels pour accueillir le public. Les conférences permettent un contact direct entre les archéologues et les populations, elles représentent une occasion unique pour les chercheurs de partager avec le public le résultat de leurs travaux.

Ces conférences peuvent notamment trouver place dans le cadre des programmations culturelles du réseau de partenaires : cycles de conférences organisées par des associations, des musées, des villes et pays d’art et d’histoire, des centres d’interprétation de l’architecture et du patrimoine, des universités du temps libre, interventions dans le cadre des événements nationaux, Journées du patrimoine, de la science, de l’archéologie…

  - Les expositions

Les conférences peuvent être accompagnées d’une exposition du matériel archéologique et de supports présentant l’ensemble du déroulé des opérations de recherche (fouille, analyses, restaurations). Le lieu d’accueil devra être approprié pour la protection et la conservation des objets. Si tel n’est pas le cas, il faudra envisager une présentation dans un lieu dont c’est la vocation, notamment par le biais d’une exposition temporaire dans un musée. Un projet d’exposition portant exclusivement sur les résultats de l’opération de fouille doit pouvoir être conçu en partenariat avec le maître d’ouvrage de la fouille et faire l’objet d’une programmation financière et technique.

Le recours à des expositions itinérantes déjà existantes, complété d’éléments provenant du site fouillé par exemple, permet de concevoir une manifestation assez rapidement. Les musées et services territoriaux disposent en effet de nombreuses expositions itinérantes.

Enfin les découvertes, les études peuvent permettre de pointer des manques d’outils pour expliquer une période, une science, un type d’objet. Le moment de la fouille et de la post fouille est donc un moment privilégié pour le développement de nouveaux outils pédagogiques.