Découverte de l'archéologie sous-marine

Publié par maxime legardez, le 16 avril 2022   290

Par un beau jour d’hiver, j’ai poussé la porte du centre d’archéologie sous-marine, installé dans une tour médiévale. Ça faisait déjà plus de 10 ans que je lisais avec attention, dans la presse spécialisée, tous les articles se rapportant aux activités de ce centre d’archéologie, sans jamais avoir pris le temps d’aller jeter un oeil sur place, ou plus objectivement par manque de courage. J’avais peut-être peur de l’accueil que des archéologues chevronnés feraient à un simple prospecteur… Mais je me suis finalement ressaisi et j’ai osé pousser la fameuse porte.

On m’accueillit là les bras ouverts !

Alors, je me suis inscrit à une formation de 2 jours, simple prise de contact avec la ville, mais sous un jour nouveau, puisque les investigations y furent menées à travers le filtre de l’archéologie : – Présentation du centre et de la formation réservée aux stagiaires, – Tour de la ville avec Christian nous expliquant le creusement des brassés, – Visite des chemins de ronde et autres vestiges presque invisibles pour un profane.

« Le DRASSM préfère recevoir des dessins plutôt que des photos peu représentatives. Vous allez donc apprendre à dessiner, car on apprend beaucoup des objets. Pour ne pas endommager le matériel archéologique, vous allez vous entraîner sur des pots de fleur » !

Moi, j’ai du mal à me concentrer sur mon pot de fleur. Toutes les vitrines qui nous entourent sont pleines d’objets sortis de la rivière. Les photos accrochées aux murs nous invitent aux plongées dans les eaux cristallines de la Corse, en passant par les profondeurs obscures de la fosse Dionne à Tonnerre. En plus, certains clichés montrent des plongeurs munis de détecteurs de métaux, certes largement dépassés par les nouvelles technologies ! Mais pincez-moi, il faut que je revienne à mon pot de fleur. A la fin de l’exercice, on superpose les calques, et là… Surprise ! Tous les dessins ne sont pas identiques…

« Imaginez les différences quand on prend des mesures sous l’eau avec des pièces de construction navale, longues de plusieurs mètres » !

Le stage s’est terminé par la projection de films présentant diverses opérations menées par le groupe. Pierre nous invite à poursuivre la formation en participant aux sondages effectués dans la rivière au printemps. Mais le printemps se fait attendre, car si les pluies d’hiver ont été trop importantes ou trop faibles, la visibilité dans la rivière devient nulle, vu la quantité de particules en suspension ou la prolifération d’algues microscopiques. La rivière est un milieu fragile, très sensible aux interactions de l’homme et du climat. Enfin, les conditions deviennent bonnes, et là, c’est le grand jour. Certains s’affèrent à la construction des cadres métalliques qui serviront de base topographique. D’autres déroulent des longueurs de tuyaux qui seront reliés aux puissantes pompes électriques et à la suceuse, sorte de gros aspirateurs permettant d’évacuer les débris de la fouille, même si ses dimensions ne permettent pas de s’en servir ainsi. Une fois les carrés posés sur le fond, les plongeurs débutants sont accompagnés par un fouilleur expérimenté

Malgré le peu de profondeur, les archéologues ne sont pas là pour nous apprendre la plongée. Seuls les bénévoles possédant le niveau 2 de la FFESSM peuvent prétendre y participer. De plus, il faut posséder un diplôme de scaphandrier de classe 1B, voire 2B (législation du travail oblige). Mais grâce au soutien de divers organismes, il est possible de se voir délivrer une dérogation temporaire, valable uniquement pour le chantier qui en a fait la démarche. Sous l’eau, il faut se concentrer sur son boulot. Collé à mon binôme, j’observe la technique.

Le plongeur amène des poignées de sédiments près de la suceuse. Les particules de vase sont aspirées, permettant une visualisation très fine de ce qu’il reste en main. Le fouilleur arrive à trouver des objets très petits, comme des aiguilles de couture en bronze, avec une visibilité inférieure à 50 cm. Les blocs de roche sont enlevés avec le couteau de plongée qui reste toujours à portée de main.

Cette ambiance de passionnés me plait énormément. Par ses connaissances, chacun apporte une pierre à l’édifice, s’agrégeant ainsi à une équipe solide et très diversifiée. Les grosses découvertes sont rares : il faut collecter tous les morceaux de poterie. Ils seront triés sur la rive sous l’oeil avisé de Patrick qui rejette les éléments sans intérêt. Le travail d’équipe porte ses fruits : un encrier du XVIIIème siècle, une bague de promesse du XVIème, une coupe du XVIIème, un camée en or du XIXème, un crochet de marine indatable, et tant d’autres…

Quand les trouvailles se font rares, Patrick et Pierre aiment rappeler à tout le monde que « ne rien trouver est un résultat archéologique ».

Il arrive même des miracles. En fin de saison 2022, dans une épaisse couche de glaise à plus de 50 cm sous le lit de la rivière, un morceau de bois apparaît. Ce n’est pas le premier, trouvé en nouvelle aquitaine. Un ensemble complexe de pieux a pu être topographié et le relevé indique une pêcherie médiévale. Mais là, ça ressemble plus à un membre de bordée. C’est la joie dans l’équipe. On vient de mettre à jour le vestige d’une barque assemblée à fond plat. Pour une meilleure conservation, le peu qui a été dégagé est recouvert de sable (ce qui facilitera son dégagement ultérieur). Il n’y a pas de place pour la hâte et la précipitation en archéologie. L’examen d’une embarcation demande des moyens importants et une organisation sans faille. Dans les années à venir, un échantillon sera prélevé pour faire une datation.

Il ne faut pas croire que tout est facile pour les archéologues. Les autorisations demandent de nombreuses démarches (DRAC, mairie, DDE, visite médicale, dérogation…). Il faut aussi oublier les clichés de vieux barbus à lunettes, réfractaires à toute initiative. La lourdeur législative ne donne pas beaucoup de champs de manoeuvre. Si l’expérience vous intéresse, il ne faut pas hésiter à vous jeter à l’eau. Partout en France, des équipes de bénévoles seront heureuses de vous transmettre leur passion. La FFESSM vous mettra en contact avec l’une d’elles.